Robyn : I came to dance, not to socialize

Robyn est une habituée de ce blog. Pour les amoureux de pop, on peut dire qu'elle fait presque partie des meubles maintenant. Depuis ses débuts r&b variétoche du milieu des 90s jusqu'à la trilogie "Body Talk" d'aujourd'hui, Robyn a un peu suivi la trajectoire de la pop contemporaine de ces 15 dernières années : d'abord le carton, puis la désaffection du public et le ras-le-bol de l'artiste, puis enfin, aujourd'hui, la renaissance et les pleins pouvoirs sur le plan créatif. Aujourd'hui, Robyn est cool. Elle n'est plus si confidentielle. Les critiques, les charts, les kids l'aiment d'amour. Allez vous balader sur n'importe quel blog branchouille, vous trouverez un article sur Robyn vous expliquant par le menu à quel point elle est cool.

 

Le soucis avec les gens cool, c'est que parfois, ce sont d'affreuses personnes imbues d'elles-même et de leur statut, des gens avides de pouvoir, de reconnaissance, débordant de morgue et de défiance. Des gens comme M.I.A par exemple, la dernière coqueluche des hipsters, qui finit par épuiser tout le monde à force de coups de gueule débiles et de déclarations à l'emporte-pièce sur tout et n'importe quoi. Les artistes cool ont parfois le bon son, le bon look, sont là au bon moment au bon endroit, mais dès que l'on creuse un peu, on se rend compte qu'ils sont cons comme des balais à chiottes. Parenthèse fermée.

 

Si Robyn, on l'aime d'amour, c'est avant tout pour ses chansons, probablement les plus belles et les plus poignantes de l'univers pop actuel. On ne saurait dire jusqu'à quel point elles sont autobiographiques, mais qu'importe : elles nous touchent et parlent à notre coeur. Pour balancer des phrases aussi cucul, je peux vous dire que je suis très amoureux !

 

Les chansons de Robyn, c'est toujours un peu la même chose. Il y a les grosses tueries electro-lol où elle se la joue MC des bacs à sable, comme sur "Konichiwa bitches", "Fembot" ou "Dancehall queen". C'est toujours drôle et d'une efficacité redoutable.

 

Et puis il y a les chansons qui pleurent des larmes de sang sur le dancefloor. Ce sont celles que l'on préfère en général. Si l'on en croit ses textes, les histoires d'amour de Robyn ne sont jamais très concluantes. Mais au lieu d'aller se taper l'intégrale de Radiohead au ukulélé en essayant de se tailler les veines au couteau à huitres, Robyn préfère sortir en boîte et danser pour oublier. Le résultat : "With every heartbeat", "Be mine", "Who's that girl", "Dancing on my own", et dernièrement "Hang with me". Des chefs-d'oeuvre de mélancolie calés sur des tempos à réveiller les morts. Robyn n'a pas de bol, elle croise toujours son ex (ou l'homme qu'elle aime secrètement) dans la rue ou au Macumba, toujours au bras de sa nouvelle copine. Ses mésaventures pourraient remplir des pages entières de VDM. Et c'est sans doute ce qui nous plaît, au fond. Car chez Robyn, on ne s'apitoie jamais sur son sort, on relève la tête et on va se recommander une bière au bar. Parfois ça ne marche pas toujours, comme dans "None of dem", où elle balance à la face du monde toute la frustration rentrée du citadin moderne.

 

"I’m so bored in this town, take me away from here
Play me some kind of new sound
Something true and sincere
I’ve got a little girl singing on repeat in my head, oh
Take me far away from here"

 

Les chansons de Robyn ont un écho particulier chez moi, car certaines de ces histoires, j'ai l'impression de les avoir vécues. J'imagine que c'est le cas de milliers d'autres comme moi. Des gens sensibles qui sortent en boîte, qui aiment, qui doutent, qui morflent, qui pètent les plombs, c'est pas ça qui manque dans les rues de Paris. En revanche, des gens qui se baignent dans des piscines de champagne avec Akon et Will.I.Am tous les soirs, ça, c'est un peu moins courant. C'est sûrement pour ça que le monde des blogueurs pop s'intéresse un peu moins aux titres de David Guetta qu'à ceux de Robyn.