David Guetta, la bande-son d'un pays au bout du rouleau

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Je vais vous dire un truc : à chaque fois que je vois la tête de David Guetta à la télé, dans un clip, ou sur une affiche, ma journée s'illumine. Sérieusement, comment fait ce gars pour avoir l'air aussi sincèrement heureux, hilare et émerveillé en permanence ? Et ça fonctionne très bien sur moi : sa bonne humeur est contagieuse. En même temps, si j'avais son job et son compte en banque, je serais explosé de rire du matin au soir. On me verrait déambuler partout, distribuant les checks à Usher ou Nikos Aliagas, claquant la bise à Sia ou aux soeurs NERVO. En plus, tout le monde s'accorde à dire que le DJ de 48 ans est d'une gentillesse confondante, un mec super sympa quoi. Le secret de cette inoxydable joie de vivre ? À chaque nouveau projet, David Guetta réalise un rêve de gosse. Passer de DJ à patron de club ? Un rêve de gosse. Avoir sa propre soirée à Ibiza ? Un rêve de gosse. Enregistrer un album au succès international ? Un rêve de gosse. Collaborer avec Kelly Rowland ? Un rêve de g... ouais c'était sympa.

 

Du coup, quand l'UEFA lui a proposé de composer l'hymne de l'Euro 2016, avec à la clé un concert sur le Champ de Mars devant 80 000 personnes, il s'est pas méfié, il a dit banco. Et c'est là que les ennuis ont commencé.

 

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Qu'on adhère ou pas à la musique de Guetta, il faut quand même lui reconnaître une certaine efficacité. Lors de son show d'ouverture de l'Euro diffusé sur TF1, il a balancé une quantité effrayante de tubes certifiés, dont "Titanium", l'indépassable club banger de Sia. Mais Guetta a toujours subi les moqueries et le snobisme mal placé d'un pays qui a fait de la détestation du succès et de la culture populaire une spécialité locale. Il continue de payer pour le crime d'avoir fourni, durant près de 15 ans, la bande-son de la classe moyenne beauf des zones périurbaines. Sa discographie évoque la mémoire collective de ces jeunes qui s'ambiancent le samedi soir en descendant des bouteilles de Jack dans l'Audi des parents, sur le parking d'un hangar-discothèque calé entre un Gifi et une Halle aux chaussures.

 

Certes, la musique du mec qui a intitulé son 2ème album Guetta Blaster (génie) n'est jamais très finaude : la subtilité, c'est pas son fort. Mais je trouve qu'il y a du courage et une certaine noblesse dans ce choix d'embrasser les goûts parfois un peu douteux du grand public, tout en ignorant les persiflages et les sarcasmes des grosses divas peine à jouir de chez Tsugi.

 

Donc notre frérot David, super content de pouvoir proposer un gros hymne fédérateur pour une manifestation sportive d'envergure, ne fait pas les choses à moitié. Il contacte Zara Larsson, la superstar suédoise chouchou des fans de pop, qui commence à décoller un peu partout. Ensemble, ils enregistrent "This One's For You", un sympathique morceau tropical house, frais et estival, doté d'un gros refrain assez irrésistible. Franchement, c'est plutôt réussi. Seulement voilà.

 

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Le titre se traine une sale réputation dès les premières heures de sa mise en ligne. La raison ? Diplo, grande gueule notoire des réseaux sociaux, dégainera assez rapidement un tweet assassin, reprochant au DJ d'avoir plagié le "Lean On" de son groupe Major Lazer. Bon alors, qu'on mette les choses au clair : à peu près 85% de ce qu'on entend à la radio en ce moment est un plagiat de "Lean On". En faisant semblant de l'ignorer, Diplo remporte le Grammy Award de la putain de mauvaise foi.

 

Et "This One's For You" n'est pas au bout de ses peines. L'Euro 2016 promettait d'être une belle fête, quand on en parlait il y a quelques mois encore. Mais aujourd'hui, la France est à feu et à sang, entre les manifestations contre la Loi Travail qui dégénèrent chaque jour davantage, les grèves des transports, les hooligans anglais et russes qui se mettent sur la gueule, et la menace terroriste qui pèse toujours, alors qu'outre-Atlantique on pleure les morts de la tuerie d'Orlando. Pendant ce temps, Zara Larsson chante à tue-tête "We're in this togetheeer" dans nos téléviseurs full HD entre chaque écran pub. Ah ça oui, on est bien tous ensemble, mais dans une merde noire.

 

David, on t'adore, sache-le. Et ta chanson elle est vachement bien en plus. Seulement voilà, dans la pop music, le timing c'est important. Et malgré toute ta bonne volonté et ta bonne humeur, et à moins qu'on se console en gagnant l'Euro dans quelques jours, "This One's For You" a peu de chances d'échapper à son triste destin : celui d'évoquer la B.O. des années Daesh, Hollande, Gattaz et Bolloré. Soit un tube pop radieux dans un pays au bout du rouleau.