2NE1 : Crush, la carte de visite tubesque de la YG

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Beaucoup de fans de pop coréenne s'accordent à dire que le groupe 2NE1 fait partie des leaders du mouvement k-pop. Le girlband de CL, Minzy, Bom et Dara est parvenu en l'espace de cinq ans a devenir l'une des principales têtes de gondole du korean style à travers le monde. Pourtant, le groupe phare de la YG Entertainment vient tout juste de sortir son deuxième véritable album, après une flopée d'EPs et de singles. Au final, le back catalogue des 2NE1 (et des artistes YG en général) est assez restreint. L'engouement autour de la marque 2NE1 vient surtout du fait qu'elles ont dans leur bagage des hits monstrueux qui dépassent de loin les frontières de la Corée. La stratégie marketing autour des filles a toujours été imparable : leur look bling-badass des enfers et leurs collaborations avec des artistes ou créateurs occidentaux (will.i.am, Jeremy Scott) les ont rapidement propulsées sur les couv' de magazines de mode du monde entier. Les 2NE1, c'est une machine de guerre commerciale au service d'une certaine vision de la k-pop, made in YG.

 

La YG a toujours souhaité exporter ses artistes. Et on peut dire sans trop se planter qu'ils ont réussi leur coup. "Gangnam Style" de PSY, c'est la YG. Les BIGBANG, avec leur leader-rappeur-diva-fashionista G-Dragon, enchainent les tournées mondiales à un rythme alarmant. Le son des poulains YG, c'est un savant mélange de pop ultra putassière et de hip hop frelaté, avec des refrains gros comme mon poing et des gimmicks imparables à faire blêmir David Guetta. Certains puristes diront que le son YG n'a plus rien de coréen, d'autres au contraire voient leurs prod' comme le futur de la k-pop.

 

L'autre caractéristique de la YG, qui fait rire certains fans et enrager les autres, ce sont les effets d'annonce tonitruants de leur président Yang Hyun-Suk, qui donne régulièrement des conférences de presse en grande pompe, balançant un nombre incalculable de projets (lancement de nouveaux groupes, sorties d'albums, clips titanesques) qui pour 90% d'entre eux ne voient jamais le jour. La YG est un mastodonte du divertissement coréen qui brasse des millions, et pourtant donne toujours l'impression de courir après les deadlines, de reporter encore et toujours ses sorties, de gérer des imprévus, d'éviter des catastrophes industrielles de justesse, au grès des humeurs et du flair de son directeur tout puissant. L'album Crush des 2NE1, sorti hier en digital, était annoncé depuis des années, sans cesse repoussé. Et pourtant, malgré ce cafouillage permanent, la YG n'a jamais été aussi puissante et n'a jamais autant suscité le respect et l'envie de la part des compagnies coréennes rivales.

 

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Perso, j'attendais ce nouveau disque des 2NE1 avec une très grosse impatience. D'abord parce qu'on ne va pas se mentir, la k-pop en 2014 commençait à se prendre un gros gros coup de fatigue. Ca fait des mois que les maisons de disques tournent en rond, essayant chacune de reproduire les succès du groupe Sistar. Depuis le carton du titre "Alone" en 2012, difficile de ne pas croiser un girlband essayant de reproduire la recette de ce tube surprise : image ultra sexy, musique à mi-chemin entre disco suave et tube de George Michael des 90s, avec une grosse louche de mélancolie. Aujourd'hui, toutes les anciennes rookies se lancent dans la combine (Stellar, AOA, Girl's Day...) pour une débauche de chorés coquines sur des chansons d'amour larmoyantes. On nage souvent en plein ennui, dans une ambiance de tristesse libidineuse et vaguement glauque. De mon côté, désolé mais quand j'ai découvert la k-pop en 2011, j'avais pas signé pour ça à la base.

 

Du coup, ce véritable nouvel album des 2NE1, avec ses 10 chansons inédites (en vérité il y 8 inédits, un remix et un titre japonais rechanté en coréen) arrive à point nommé pour réveiller le k-pop game et nous en mettre plein les oreilles. Alors, ça donne quoi ce nouveau disque ?

 

Avant de commencer, il faut souligner que les coréens ne font pas comme les occidentaux lorsqu'on parle d'albums. Alors qu'en Europe et aux Etats-Unis, entre les teasers singles, les EP et les titres balancés en éclaireur, quand un album sort, on retrouve sur la tracklist une bonne majorité de morceaux que l'on connait déjà. En Corée, un nouvel album est 100% inédit. Du coup, aucune trace des mégahits "I Love You", "Falling In Love", "Do You Love Me" et de la sublime ballade "Missing You" sur ce nouveau disque des 2NE1. L'excitation est donc totale puisqu'au lieu de nous la jouer à l'envers et nous refourguer un best of déguisé, on a droit à des chansons toutes fraîches, et l'air de rien, ça fait tout drôle à nous autres pauvres occidentaux habitués aux disques réchauffés et repackagés.

 

 

 

 

L'album démarre avec "Crush", qui malgré son gros potentiel, ne sera pas exploité en single. Avec ses lyrics débiles déjà légendaires ("They love me cos I'm hot, they love me cos I'm cold, they love me cos I'm real, they love me cos I kill"), le titre est un gros club banger dans la droite lignée de "I Am The Best". Manque peut être un gros gimmick pour faire la différence et l'imposer vraiment comme un tube. Mais "Crush" est déjà un fan-favourite et fera lever les bras en l'air dans les soirées AZN sans trop forcer.

 

Le premier vrai single (et mégatube) du disque arrive juste derrière. "Come Back Home", avec sa rythmique reggae-pop et ses breaks dévastateurs, va mettre tout le monde d'accord. C'est aisément l'un des meilleurs titres du groupe EVER. Ultra mélodique, un poil mélancolique, avec un refrain à rendre Gwen Stefani folle de jalousie, ce mid-tempo très dansant démontre le savoir-faire incroyable de Teddy, le producteur et compositeur attitré de la YG. Un très très beau titre pop, tout simplement.

 

Plus rn'b, "Gotta Be You" laisse pas mal de place aux raps, avant que le rythme s'emballe dans un refrain qui rappelle "Tonight" des BIGBANG. Efficace sans être d'une originalité dingue. Risque néanmoins de créer l'hystérie sur le plateau de l'Inkigayo.

 

"If I Were You" et "Good To You" sont deux ballades qui se suivent. Ceux qui observent les charts k-pop savent que les Coréens raffolent des ballades, alors que nous beaucoup moins. On se dit qu'à la place, on aurait pas craché sur l'inclusion de "Missing You", la meilleure ballade de toute la carrière du groupe. Malgré tout, et même si elles ne lui arrivent pas à la cheville, "If I Were You" et "Good To You" ne sont pas soporifiques pour autant. Mais ceux qui viennent de s'assoupir devraient se méfier, car ils risquent l'attaque cardiaque au démarrage du prochain titre.

 

Le titre solo de CL, "MTBD" (Mental Breakdown), porte bien son nom. Badasserie à tous les étages, avec une prod' bien bien lourde, "MTBD" est une grosse tuerie environ 5000 fois plus scotchante que "The Baddest Female", la première tentative solo de CL, qui à côté de cette dinguerie ressemble à une sonnerie de Nokia 3310. Les fans de trap vont rigoler et trouver le son un peu old, mais vous en connaissez, vous, des fans de trap ? Moi non plus.

 

"Happy", avec sa rythmique pop-rock sautillante, ses "hey" et ses "H.A.P.P.Y", est quand même un tout petit peu craignos. Le genre de son qu'on aurait peut-être dû refiler aux Spica, qui en auraient fait sans doute meilleur usage. Mais bon, passée la douche froide de la niaiserie ambiante du morceau, la mélodie finit par prendre le dessus et toucher nos petits coeurs de midinettes.

 

"Scream" était un peu passé inaperçu lors de sa sortie au Japon en 2012. Pourtant, il aurait vraiment été dommage de passer à côté de ce club banger un peu sous-estimé à l'époque. La version coréenne a donc parfaitement sa place parmi les autres titres de cet album, avec ses gimmicks foufous et son super refrain. Le clip japonais était lui aussi plutôt cool d'ailleurs.

 

"Baby I Miss You" est un titre r'n'b qu'on pourrait qualifier de "filler". Pas grand intérêt. Certains fans râlent un peu : pour justifier le report incessant de l'album, la YG parlait de se concentrer sur chaque chanson. Une excuse un peu cheap quand on écoute ce titre qui ne va pas marquer les esprits.

 

L'album se termine par une version acoustique du déjà tube "Come Back Home". Pas de grosse surprise, sinon une confirmation : sans la production pharaonique qui l'accompagne, le titre reste une merveille de pop mélancolique, et un futur classique pour les 2NE1.

 

Voilà. ("OUF, C'ETAIT ATROCEMENT LONG CETTE REVIEW" crie la foule en colère). Globalement, on est face à un disque qui, très très (trop) attendu, réussit l'exploit de ne presque pas décevoir. Avec ce qu'il faut de surprises, de mélodies, de styles différents et d'inventivité, Crush est un excellent album des 2NE1, qui nous les restitue avec toute la fantaisie, la badasserie et la puissance pop qui caractérisent le groupe depuis leurs débuts. C'est aussi la carte de visite idéale d'une YG au top du k-pop game, qui parvient à exceller dans l'art délicat du full album (là où beaucoup de compagnies se contentent d'aligner les fillers). Et enfin, et c'est finalement ça qui nous intéresse : Crush est un très bon disque pop, une petite célébration à lui tout seul, et un grand ouf de soulagement : non, la k-pop n'est pas en train de couler sous des tonnes de mélasse et de tenues affriolantes. Les autres labels vont devoir se mettre une grosse pile dans le derrière pour réussir à égaler ce disque artistiquement.