Kylie Minogue : "Dancing" ou la mélancolie d'une reine de la pop

Lorsque Kylie Minogue nous avait annoncés il y a quelques mois l'arrivée d'un nouvel album enregistré à Nashville, toute sa fanbase craignait une Joanne, une Younger Now ou une Rainbow de la part de la star australienne. Les derniers albums de Lady Gaga, Miley Cyrus et Kesha ont en commun leur orientation country, leur côté introspectif très seriousface, et un accueil mitigé du public. On se disait "Non, pas elle, pas Kylie, notre disco queen des enfers pour l'éternité ?!"

 

Kylie fêtera cette année ses 50 ans. Hier matin, son nouveau single "Dancing" était diffusé en exclusivité sur la station britannique préférée des plus de 35 ans, BBC Radio 2. Son nouvel album s'appelle Golden. Oui, comme les Golden Girls. Il y a trois ans, elle sortait un album de Noël, que les jeunes anglais ont acheté en masse... pour leur maman nostalgique de ses débuts dans la série Neighbours. Vous voyez où je veux en venir ?

 

Kylie Minogue a une chance inouïe, celle d'avoir réuni deux générations de fans. Ceux qui comme moi l'ont découverte en 1988 à l'époque de "I Should Be So Lucky" et ses tubes pour Stock Aitken & Waterman. Et les millennials, qui ont dansé 13 ans plus tard sur "Can't Get You Out Of My Head", relançant la machine à tubes pour les quinze années suivantes.

 

 

Jusqu'à maintenant, ces deux éléments importants de sa fanbase étaient d'accord sur un point : Kylie était la reine de la pop et du dancefloor. On aimait son aura d'icône gay aussi gracieuse et élégante que sa discographie était tapageuse et colorée. Mais depuis "Dancing", quelque chose semble avoir changé.

 

 

"Dancing" n'est pas la catastrophe country annoncée, mais n'est pas non plus un gros club banger pour autant. C'est quelque chose entre les deux. Imaginez Dolly Parton et Dalida remixées par Kygo. Oh merde. Pourquoi Dalida ? Parce que malgré les apparences, il ne s'agit pas que d'une chanson un peu idiote sur les bienfaits de la vodka et des sorties en boite entre copines. En réalité, "Dancing" c'est un peu le "Mourir sur scène" de Kylie.

 

Car les plus observateurs d'entre vous auront remarqué qu'il y a une double lecture de la chanson. La phrase "When I go out / I wanna go out dancing" peut ainsi vouloir dire "quand je sors, c'est pour aller bouger mon boule", mais aussi "quand je partirai, ce sera en dansant"... Eh oui les filles, Kylie évoque bien le dernier voyage, la dernière danse, bref : LA MORT.

 

On est donc face à la chanson la plus douce-amère et mélancolique de son répertoire, une célébration de la vie et une invitation à ne pas en perdre une miette. Un peu tristoune Kylie ? En effet, les sessions d'enregistrement de Golden ont forcément gardé quelques stigmates de sa rupture avec l'acteur Joshua Sasse il y a près d'un an. Elle raconte dans le quotidien The Sun au sujet de l'album "Il y aura un peu de chagrin d'amour, je dirais. Globalement, j’essaie de refléter où j’en suis. C’est clair que durant l’année écoulée, il y a eu un peu de ça, mais on rebondit ! (...) C'était cathartique".

 

 

C'est donc une chanteuse apaisée, qui ne veut pas se laisser submerger par le temps qui passe ("Can't stand still / I won't slow down") que l'on retrouve sur "Dancing", mais une chanteuse qui met un peu les flonflons de l'eurodance en sourdine. C'est la raison pour laquelle certains jeunes fans seront sans doute déçus par ce single, qu'ils trouveront peut être un peu mou et déprimant comparé aux habituelles tueries néo-disco genre "Wow" ou "Get Outta My Way". Mais ce sont ces mêmes défauts qui deviennent des qualités pour les autres, qui apprécieront le fait que Kylie vieillit avec un certain sens du style et une grâce toujours intacte, sans s'abîmer à courir après la modernité et les effets de mode (comme le fait Madonna, diront les mauvaises langues).

 

Alors oui, peut-être que malgré les jolies mélodies et le refrain aérien qui rend heureux, sa musique est aujourd'hui un peu désuète et ne tabasse pas comme un gros morceau de trap dans un strip club d'Atlanta, mais on s'en fout non ? Après plus de 30 ans à fournir les tubes, Queen Kylie est désormais une institution pop, qui se fiche bien de savoir si sa musique sera écoutée par des ados fans de Migos. Ca fera sans doute de la peine à certains blogueurs de 25 ans, mais pour ma part, ça me réjouit. A quand Kylie sur Nostalgie ?