"Kylie", le tout premier album de Kylie Minogue

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Kylie Minogue est l'artiste chouchou de tous les fans de pop. Tout le monde aime Kylie. Bien que ses ventes de disques aient eu un peu tendance à décliner au fil du temps, 2014 pourrait bien être l'année du grand retour avec son premier album depuis sa signature chez Roc Nation, l'écurie de Jay-Z. Des comebacks, Kylie en a connu quelques uns durant sa longue carrière, mais peu de gens se souviennent vraiment de ses débuts. Revenons "un peu" en arrière et intéressons-nous à la genèse de l'album qui a lancé notre chanteuse australienne préférée sur la voie du succès. C'était en 1988, et le disque s'appelait tout simplement Kylie.

 

Pour beaucoup, le premier album de Kylie est un mystère. Il y a ceux qui n'étaient pas encore nés à l'époque de sa sortie, il y a ceux qui l'ont cherché sur Deezer et Spotify, en vain. Kylie est un disque qui d'ailleurs, à l'époque, avait fait couler beaucoup d'encre, mais pas pour de très bonnes raisons.

 

Nous sommes en juillet 1988. En France, tous les campings vibrent au son du mégatube "Nuit de Folie" du groupe Début de Soirée, et on danse le slow sur "Est-ce que tu viens pour les vacances" de David et Jonathan. Pendant ce temps, en Grande Bretagne, sort ce premier LP de Kylie Minogue. Les Anglais l'ont très vite adoptée en tant que popstar : elle est déjà connue de toutes les couches de la population grâce à son rôle dans le soap australien Neighbours, série populaire un peu honteuse devenue culte grâce à sa longévité (elle est toujours diffusée aujourd'hui) et son impact sur le public anglo-saxon. A ce moment-là, tout le monde aime déjà son personnage de Charlene, et lorsqu'on a l'idée de lui faire enregistrer une reprise de "Locomotion", vieux tube 60s de Little Eva, le succès est ahurissant : le single devient en quelques semaines la plus grosse vente de disques de toute la décennie en Australie.

 

Flairant le pactole, un trio de producteurs à succès anglais, Stock, Aitken & Waterman, déjà responsables d'une flopée de tubes pour les Bananarama et Rick Astley, décident de lui produire un premier titre pour l'Angleterre. La légende raconte que "I Should Be So Lucky" est torché sur un coin de table de leur studio d'enregistrement le jour-même car ils avaient oublié la venue de la chanteuse. La grande classe. Le morceau devient pourtant un succès maousse partout en Europe, et on décide donc, logiquement, de passer aux choses sérieuses : l'album.

 

Il faut savoir qu'à l'époque, les trois gars de Stock, Aitken & Waterman sont considérés par les gens du métier comme des requins, des ordures plus avides et cyniques que tous les Simon Cowell ou tous les dirigeants de conglomérats k-pop d'aujourd'hui. Leur maison de disques PWL sort des hits à la chaîne, pour des artistes interchangeables, beaux et souriants, dont la plupart sont aujourd'hui tombés dans l'oubli. Le son PWL, reconnaissable entre mille et aujourd'hui un peu daté, représente alors le top en matière de production : ultra calibrée et à l'efficacité redoutable, la dance-pop de S/A/W fait le bonheur de tous les ados anglais et le désespoir des critiques rock, qui méprisent profondément le son putassier et la logique de rentabilité commerciale du trio. Les articles se multiplient pour relater divers scandales autour de royalties impayées, et globalement pour dénigrer leur musique jetable et décérébrante.

 

Pourtant, l'album de Kylie est un carton. Mélodies imparables, très peu de fillers, beaucoup de singles potentiels : en plein été britannique, l'album bat tous les records. L'Europe tombe également sous le charme de la petite Australienne et il n'y a qu'aux Etats Unis où ça coince un peu. "I Should Be So Lucky" est présent sur le disque, ainsi qu'une nouvelle version de "Locomotion". "Got To Be Certain" et la ballade mid-tempo "Je Ne Sais Pas Pourquoi" sortent en single. Le disque contient un titre incroyable, "Turn It Into Love" qui ne sort qu'au Japon sans aucune promo mais qui se classe numéro 1 là-bas pendant des semaines. Pour des raisons mystérieuses, cette chanson (à l'origine interprétée par Hazell Dean, une chanteuse de l'écurie PWL, quelques années auparavant) n'est pas exploitée malgré son énorme potentiel. Il faut dire que l'année suivante, un second disque est déjà en préparation.

 

Mais derrière les choucroutes et les sourires béats des vidéoclips (son duo "Especially For You" avec Jason Donovan, son partenaire blondinet dans la série Neighbours, est un modèle de mièvrerie irrésistible), la chanteuse l'avouera elle-même lorsqu'elle mettra fin à son contrat : elle n'a pas gardé que de bons souvenirs de sa collaboration avec S/A/W. Après trois autres albums, elle décide de se séparer de l'équipe. Malgré le succès, elle déclarera à maintes reprises que ses débuts chez PWL avaient été frustrants, qu'elle s'était sentie comme une marionnette, et n'avait jamais eu voix au chapitre, artistiquement parlant.

 

La suite, on la connait. 27 ans après, Kylie est toujours dans la course, malgré des passages à vide, un cancer du sein en 2006, des moments d'insuccès et d'incertitude (elle aura toujours du mal à percer durablement aux Etats-Unis). La petite Australienne que l'on croyait étoile filante comme ses camarades de label au début des 90s (qui se souvient encore de Sonia, Big Fun, Sinitta, Lonnie Gordon ou les Reynolds Girls?) s'est construite une longue carrière ponctuée par une liste de singles innombrables. Bénéficiant d'une cote de sympathie inaltérable, ayant toujours préféré le fun, le glamour et la légèreté à la subversion et la controverse, Kylie est un peu considérée comme la gentille, là où Madonna serait la biatch et Gaga la cinglée. Kylie reste l'incarnation de la pop bubblegum, et pourtant ça fait 27 ans que ça dure.