Les MTV VMA : une nuit en enfer

Avant hier, lors de la cérémonie des 30èmes MTV Video Music Awards, on déplorait un grand absent. A vrai dire, personne ne s'en est rendu compte, mais le grand oublié de la soirée était pourtant LA star incontournable des premières éditions, celui que l'on n'oubliait jamais de mentionner dans la longue liste des remerciements. Aux VMA cette semaine, personne n'a remercié Dieu.

 

Il y a en effet bien longtemps que le grand cirque annuel du marché de la musique US est devenu un effroyable show païen dans lequel on brûle ses propres idoles dans un spectaculaire feu de joie. MTV, la chaîne musicale du conglomérat Viacom, ne diffuse plus de clips depuis une bonne décennie déjà, remplaçant petit à petit ses vidéos pop par des émissions de télé réalité où des adolescentes enceintes jusqu'aux yeux veulent organiser des fêtes, customiser leur voiture ou se refaire les seins ou le visage. Mais ça n'empêche pas le network de faire la pluie et le beau temps, une fois l'an, sur le monde impitoyable de la pop mainstream globale.

 

Cette année, grosse actu oblige, l'affiche était alléchante, il y avait du monde au balcon : Lady Gaga, Katy Perry, Justin Timberlake, Macklemore, Kanye West, Bruno Mars ou Drake. Le gratin. On devait donc assister à un feu d'artifice de performances musicales (et ce fut d'ailleurs le cas). Mais ce que tout le monde a retenu de la cérémonie, c'est à quel point l'ex Disney girl Miley Cyrus est devenue une immonde catin dont la vulgarité est aussi incontrôlable qu'une mamie texane atteinte du syndrome de Gilles de la Tourette. Accompagnée du tout aussi distingué Robin Thicke, ils reprirent notamment le tube de l'été mondial "Blurred Lines", cette sympathique chanson paillarde glorifiant le viol et la gaudriole. Et vas-y que je me frotte le frifri en tirant la langue, ce corps maladroit de jeune blanche maigrichonne tentant de twerker comme une bombe renoi. On peut trouver ça assez drôle (c'est mon cas, après tout elle n'est pas la première chanteuse du Billboard à verser dans la provocation hautement sexuée) ou vraiment dérangeant. Une chose est sûre, ce n'était pas du meilleur goût. Comme de bien entendu, sur les réseaux sociaux et sur les blogs, le slut shaming de rigueur s'est abattu sur cette pauvre bougresse de Miley, qui semble pourtant avoir sous le bras un redoutable album pop rempli de bonnes surprises. Dans le public, les people étaient quelque peu médusés.

 

VMA

 

Le combat de coqs entre Lady Gaga et Katy Perry, en concurrence dans les charts depuis quelques jours, n'a pas eu lieu. La performance très dépouillée (mais pas moins enthousiasmante) de Maman Monstre, mashup d'un transformiste en surchauffe et du Bread Cat, nous donnait à voir une chanteuse enfin débarrassée de son obsession de la performance et qui semblait, pour une fois, reprendre plaisir à se donner en spectacle, tout en mettant la pédale douce sur le drama et en ré-injectant de la simplicité, de l'énergie, du fun et de la légèreté à ses prestations. Il faut quand même se rappeler que lors de son apparition aux VMA en 2009, elle s'était pendue sur scène, se vidant de son sang pendant qu'un clavecin fou jouait "Paparazzi" dans un décor à faire flipper les goths les plus aguerris.

 

Katy Perry a refermé le show en interprétant "Roar" sur un ring de boxe installé au pied du pont de Brooklyn, et c'était assez chou à regarder. Macklemore, Ryan Lewis et Mary Lambert ont interprété leur émouvant hymne à la tolérance, "Same Love", rejoints sur scène par Jennifer Hudson. Un vrai beau moment de musique et de télé comme il en a pas mal manqué à cette soirée au final.

 

Mais le clou du spectacle, ce fut la vingtaine de minutes du show consacrée à Justin Timberlake, qui recevait ce soir-là un prix honorifique pour son impressionnante carrière. Dans un medley interminable, Justin le jukebox humain danse et chante ses plus grands tubes dans une débauche de décors et de fanfreluches entièrement vouées à sa gloire. Plus fastueuse qu'une mi-temps du Superbowl, sa prestation était époustouflante. Les "indiscrétions" qui bruissaient sur Twitter au sujet de la venue de ses anciens camarades du boyband 'N Sync se sont confirmées, mais pas à la mesure des attentes de certains fans nostalgiques : la fameuse "réunion" aura duré au total 110 secondes sur scène. Pas assez ? Peut être déjà trop au vu du poids qu'avaient pris certains membres du groupe qui semblaient parfois à la peine niveau chorégraphies, il faut bien le dire.

 

Autrement, beaucoup de petites mesquineries dans le public de célébrités : le "shut the fuck up" de Taylor Swift lorsque le groupe d'un de ses nombreux ex reçut un prix, la tronche d'enterrement de Rihanna, qui se faisait royalement chier, et qui était étonnamment absente des nominations, et surtout les One Direction qui se sont faits huer et Lady Gaga qui vola à leur secours en coulisses.

 

Mais malgré un show à mi-chemin entre le très bon et le vraiment navrant, il y a quand même cette excellente nouvelle : Jay-Z et Beyoncé n'étaient pas là pour s'adonner à leur insupportable numéro d'auto-glorification habituel.

 

Les VMA nous laissent une fois de plus un drôle de goût dans la bouche. On voit bien que la pop occidentale étouffe peu à peu de son manque de perspectives d'avenir, qu'elle se meurt d'ennui à force de trop d'entre-soi et de relations incestueuses. La pop mainstream US, car c'est de cela qu'il s'agit, semble aujourd'hui danser sur les propres ruines de son glorieux passé, et même si Dieu n'est plus convié à la fête, qu'importe : l'industrie musicale a depuis longtemps signé un contrat d'exclusivité avec le diable, et si la magie est un peu noire, au moins on s'y amuse toujours beaucoup.

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