RABBII : "All Men Must Die", le tube féministe qui piétine le patriarcat sur le dancefloor

A l'heure de l'affaire Weinstein, du hashtag #MeToo et de ses innombrables témoignages des violences que subissent les femmes au quotidien, on peut se demander si les artistes pop vont prochainement s'emparer du sujet, et qui sera la première popstar du moment à inventer l'hymne féministe et fédérateur sur lequel toute la planète pourra danser. En attendant, il semblerait qu'un trio suédois ait pris un peu d'avance sur le calendrier. Voici RABBII et le titre "All Men Must Die".

 

RABBII, c'est avant tout une étonnante métamorphose. Johanna (Jo) et Felix ne sont pas tout à fait inconnus des fans de pop scandinave. Ils faisaient partie de Le Kid, un groupe pop très coloré et rigolo qui a même participé au concours du Melodifestivalen : en gros, ils auraient pu représenter la Suède à l'Eurovision en 2011. Après leur premier album, le groupe finit par se dissoudre, Felix et Jo se réinventent quelques années plus tard en RABBII, et ça n'a plus rien à voir. Adieu les fanfreluches fluo et les mines réjouies, et plus aucune mention de Le Kid dans leur dossier de presse. RABBII (qui signifie Revolutions Are Best Before Initial Inception) se met à la dark pop, aux looks goth et aux nappes de synthé qui font la gueule. D'un extrême à l'autre, sans toutefois perdre leur science de la mélodie : "Majestic" ou "New Friends" sonnent comme si CHVRCHES et The Knife s'occupaient de la playlist à ton goûter d'anniversaire.

 

"All Men Must Die", leur nouveau titre, est un gros tube dance qui fait immanquablement penser aux sud-africains Die Antwoord. Mais son message est très politique. Dans un post publié sur Facebook, Jo s'explique : "Au printemps dernier, j'ai écrit une chanson dont je suis très fière. C'est un man-bashing de 3 minutes enrobé d'un refrain mignon. A propos d'une culture qui doit mourir. Le patriarcat. La culture machiste. Le "male privilege". C'est au sujet de mes peurs, comme lorsque je dois rentrer d'un bar seule chez moi, ma main agrippée à mes clés - au cas où ma vie en dépendrait."

 

Pourtant, "All Men Must Die" est aussi séduisant que son discours est guerrier ("Baby if you wanna heal the world then all men must die / If you wanna save the human race then all men must die"). Et surtout, avec ses références à la série Game of Thrones et ses mélodies sautillantes, le titre est davantage un tube défouloir, un club banger libérateur qu'un pensum sérieux à prendre au pied de la lettre. Pour désamorcer les tensions et couper l'herbe sous le pied des mâles fragiles qui auraient peur pour leur vie, le groupe se fend d'un petit texte d'avertissement à la fin du clip de la chanson.

"Avertissement : à tous ceux qui pensent que nous sommes animés d'une folie meurtrière dans le but d'éliminer tous les hommes, ce n'est pas le cas. Ca va mieux ? Bien. Ce que nous voulons voir mourir, c'est la construction sociale liée aux hommes. L'Homme, responsable de presque tous les viols, qui part à la guerre, défile avec les suprémacistes blancs... vous voyez où on veut en venir ? Encore une fois, pas les hommes au sens propre, mais l'idée de cet homme que notre culture a créée. Et puis c'est une chanson pop. Avouez que le titre "La construction sociale de l'homme doit mourir", ça sonnait moins bien. Et c'est une citation de Game of Thrones ! Allons, qui n'aime pas Game of Thrones ? Toujours furax ? Dans ce cas, on ne peut plus rien pour vous. On a même écrit ce texte en Comic Sans pour vous rassurer. Vous devriez vous mettre au yoga".

 

L'ironie mordante du groupe se retrouve jusque dans la vidéo du titre, où des saucisses (dans des hot-dogs vegan bien sûr !) se font malmener sauvagement en slow motion, une métaphore pas très subtile mais aussi efficace que ce bop énervé et jouissif.