Dans la vidéo de "Medellín", Madonna est Madame X... mais reste surtout Madonna

Grâce au concept de son nouvel album, Madonna aura le loisir, derrière le personnage de Madame X, de jouer à tour de rôle "une danseuse, une présidente, une femme de ménage, une cavalière, une prisonnière, une étudiante, une mère, une enfant, une enseignante, une nonne, une chanteuse, une sainte, une catin, une espionne dans la maison de l'amour".

 

Pourtant hier soir, lors de la présentation du clip de "Medellín" dans les locaux de MTV, c'est bien à Madonna qu'on avait à faire. Fidèle à elle-même, désopilante dans son meilleur rôle, celui de la maîtresse-femme super bitchy, portant un cache-oeil de pirate et faisant virevolter une cravache pour marquer son impatience face à un Trevor Nelson désemparé, qui aura bien du mal à gérer toute l'interview.

 

 

On pensait que Madonna allait peut être s'effacer, se laisser porter par les nombreuses rencontres et collaborations de son album, fruit de son récent déménagement à Lisbonne. Il n'en est rien. Dans cette nouvelle vidéo, la Queen of Pop, même si elle semble enfin larguer les amarres tout en se recentrant artistiquement après quelques errances (on reparle de MDNA ?), n'est que la quintessence d'elle-même.

 

"Je voulais que cette vidéo soit comme une peinture". On n'a pourtant rarement vu une toile aussi animée et joyeusement décadente. Tous les thèmes chers à la Madone sont là : à commencer par l'introduction en forme de prière, dans laquelle elle balance ce qui semble être la punchline du clip : "Madame X adore danser. Car on ne peut pas tirer sur une cible mobile".

 

La danse, donc. Mais aussi la sexualité comme un éternel jeu de séduction et de transgression (dans une scène plutôt drôle, Madonna se prend l'envie de lécher l'orteil de son latin lover Maluma, oui oui). Et enfin, la fuite (en avant ?) : Madame X ne doit pas s'attarder trop longtemps, il lui reste encore tant de rôles à endosser.

 

 

Dans cette vidéo s'enchainent et se télescopent d'innombrables références à la vidéographie de la chanteuse (la salle de danse de "Hung Up", le lit dans lequel on s'amuse et on se confie dans le film Truth Or Dare, les clins d'oeil kinky de "Erotica", la prière de "Oh Father" pendant le Blond Ambition Tour, une scène de mariage débraillée qui rappelle "Like A Virgin" aux VMAs de 1984...

 

En s'associant avec Diana Kunst et Mau Morgo, à qui l'on doit déjà la splendide vidéo de la popstar espagnole Rosalía "De Aquí No Sales", Madonna prouve qu'elle a toujours le flair pour s'entourer des meilleurs collaborateurs, et semble plus que jamais décidée à aller de l'avant artistiquement, tout en n'oubliant jamais de célébrer joyeusement son glorieux héritage pop.

 

Au final, Madame X est peut être tout à la fois une danseuse de reggaeton, une grand-mère indigne fétichiste des pieds, un personnage mystérieux et protéiforme. Mais il n'y a aucun doute à avoir, il n'y a pas tromperie sur la marchandise : Madame X reste avant tout Madonna. Nous voilà soulagés.