Play me a tape

On est au courant depuis un moment, la musique est en train de se dématérialiser chaque jour d'avantage (elle est même en train de se désintègrer, diront les gens qui ont écouté l'album de Carla Bruni).

 

Pourtant, en allant faire un tour au Virgin le weekend dernier, je suis tombé sur un coin rempli de 45 tours de nouveaux groupes indés coolos comme MGMT, Blood Red Shoes ou Crystal Castles, mis en valeur sur des présentoirs. La bonne vieille galette de vinyle si emblématique des années 80 semble revenir en force. Et d'un seul coup on oublie les références immondes du passé (quand on pense 45 tours, on a des pochettes de Thierry Pastor, Goldman ou la Danse des canards qui viennent en tête) pour s'apercevoir que le 45 tours, ben ça a de la gueule finalement. Poser un disque sur une platine, c'est la super classe. C'est toujours plus excitant que de faire tourner la molette gogole du iPod. Parce que la technologie, tous ces objets blancs ou translucides comme une cuisine Hygena, ben finalement c'est chiant, visuellement. La vue et le toucher se tournent un peu les pouces, quoi. Je ne parle même pas du son, on sait bien que le vinyle surpasse 1000 fois l'atroce dégueuli sonore compressé du mp3. Alors qui sait, peut-être bien qu'on sauvera la musique en tant qu'objet grâce au 45 tours. Le cédé, quant à lui, on ne le regrettera vraiment pas.

 

Pourtant, rappelez-vous, il existait il y a de cela très longtemps, quand le MP3 n'existait pas encore, un autre format révolutionnaire, qui permettait de copier de la musique, de faire des compilations à ses amis, d'enregistrer la radio et d'emporter ses chansons préférées partout avec soi. Ca s'appelait les cassettes. Dans leur dernier clip, Alphabeat remettent à l'honneur l'esthétique ludique de ce chouette objet.

 

Et là, en voyant ce mur de cassettes colorées, on a tout de suite envie de sortir ses Stabilo et d'aller acheter des tonnes de BASF vierges à Auchan pour les gribouiller (est-ce qu'ils en vendent encore d'ailleurs?). Pourtant, un peu plus loin dans le clip, on voit les bandes magnétiques devenir folles et se mettre à recouvrir les danseuses et les gens. Et à travers ces images, soudain ça nous revient : les cassettes c'était un cauchemar. Les bandes qui s'emmèlent, qui fondent, qui s'abîment ou restent coincées dans l'autoradio, les chansons coupées à la fin d'une face, le fameux son dolby aussi limpide qu'un concert au fond d'une piscine, le walkman autoreverse qui se bloque tout le temps, la touche rewind qui fatigue, les heures passées à écouter NRJ à côté de sa radio, prêt à se jeter sur la touche "record" pour pouvoir pécho l'intro de "You came" par Kim Wilde... La cassette évoque des souvenirs d'écoute frustrée, et des tas de moments d'absurdité ou d'agacement.

 

Non, le 45 tours a des atouts évidents, mais la cassette ne mérite vraiment pas un revival.