Nous sommes toutes des divas barbues, ou le sacre de Conchita Wurst à l'Eurovision

conchita3Hier soir à Copenhague, le grand concours Eurovision de la chanson a célébré la victoire de la jeune autrichienne Conchita Wurst, 25 ans. Signe particulier : cette diva très apprêtée au look quelque peu suranné, qui donnait de la voix sur la power ballad jamesbondesque "Rise Like A Phoenix", se prénomme Thomas à la ville, et porte une barbe impeccable.

 

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La victoire écrasante de Conchita, créditée de 290 points, est éminemment politique. Son plébiscite est un spectaculaire retour aux fondamentaux du concours : la victoire d'un esprit pop, gay friendly, progressiste et carburant à l'empathie, qui avait fait les beaux jours du programme, comme lors de la victoire de la chanteuse transsexuelle israélienne Dana International en 1998.

 

Je parle de retour, car ces dernières années, l'Eurovision pouvait se résumer par une guerre d'influences géostratégiques dont les plus hargneux et ambitieux participants demeuraient les pays du bloc de l'Est, célébrant une Russie conquérante et influente.

 

Mais ça, c'était avant. Le backlash anti-russe a démarré lors des demi-finales, lorsque les jumelles Tolmachevy furent copieusement huées par les gens du public. Depuis ses lois homophobes, ses J.O controversés et son annexion agressive du voisin ukrainien, la Russie n'est plus en odeur de sainteté au sein de l'Europe, et ses menaces de boycott du concours liées à la participation de Conchita Wurst ont achevé d'échauffer les esprits et d'instaurer un climat plutôt tendu.

 

EUROVISION SONG CONTEST: CONCHITA WURST

La cote de sympathie de la concurrente autrichienne, déjà pas mal entretenue par une très grosse couverture médiatique ces derniers mois, a explosé lors de la seconde demi-finale, lorsqu'elle apparut sous ses plus beaux atours, avec ses allures de flamboyante drama queen, fierce, fragile, émotive, forcément attachante. Le grand public qui la découvrit ce soir-là avait trouvé la candidate idéale pour cristalliser tout le mépris et le dégoût que le bloc de l'Est, arrogant, archaïque, réactionnaire et homophobe, inspire à la vieille Europe.

 

Le buzz s'est chargé du reste. En célébrant la différence, la liberté et un idéal un peu menacé par la montée des extrêmes, le public de l'Eurovision rêve d'une Europe pop et moderne, friendly et flamboyante. Un retour aux fondamentaux nécessaire : tant pis si Conchita Wurst se looke comme une mamie des Craquantes qui rêve d'être Shirley Bassey. L'important était le message, urgent, jouissif, radieux, loud and proud, à faire passer : FUCK RUSSIA !