Lily Allen, tristesse contemporaine ?

Quel mauvais timing. Pile au moment où je commençais à me dire que cette chanson, "Air Balloon", ce mashup de M.I.A et de Cher Lloyd en pilotage automatique, n'était finalement pas si mauvais, le clip apparaît. Et confirme mes pires craintes au sujet de ce comeback de Lily Allen. Cette vidéo, j'espérais qu'elle puisse redonner des couleurs à ce titre random et poussif, presque déprimant dans sa fuite en avant désespérée vers le fun. Et nous voilà face à un truc bâclé, tourné en mode National Geographic sous acides (au Cap, en Afrique du Sud, comme beaucoup de clips ces temps-ci), avec une succession de plans moches sur une chanteuse qui semble gênée d'être là. On la connait Lily, on sait quand elle n'est pas à l'aise, quand elle se force à sourire, à frayer avec les contingences de son label, et c'est exactement ce que l'on observe dans cette vidéo.

 

Et puis, les fringues quoi : ces frusques à la Punky Brewster 2014, pourquoi pas. Lily a 28 ans, elle peut encore se permettre ces bêtises. Je fais partie de ceux qui ne jugent pas Madonna lorsqu'elle se déguise en meneuse de claque des enfers à son âge canonique, alors vous pensez bien que je ne vais pas vous servir cet argument de l'âge. Non, c'est juste que, sincèrement, tout ce clip est d'une laideur effroyable : les looks, la post-prod' (les papillons craignos ! Les champis !), la lumière, ces hippies moisis avachis dans des fauteuils... Mais à quoi ça rime ? "Air Balloon" est déjà vachement ambivalente, dans ce genre de chanson sautillante qui cache en son sein une alarmante tristesse (si ça se trouve, le titre parle tout bonnement de suicide). Le clip qui l'illustre ne fait que renforcer cette impression.

 

 

 

Lily Allen a survécu à pas mal de drames, je ne vais pas vous sortir les dossiers de Closer, on sait qu'elle renferme en elle une sourde mélancolie. Certains de ses clips sont des chefs d'oeuvre de glauquerie contemporaine (rematez donc la vidéo de "22", réécoutez "The Fear"), mais le grand public persiste à ne voir en elle que la chipie délurée et grande gueule. Parce qu'aimer une popstar potache et conquérante, c'est quand même plus rassurant et gratifiant que de devoir soutenir une chanteuse en souffrance (coucou Lady Gaga). Honnêtement, on sait tous que Lily Allen n'assume pas ce comeback, qu'elle n'est pas prête. Elle fait des blagues sur Twitter, fait mine de vouloir de jeter son album à la poubelle pour le recommencer parce qu'il est tout pourri. Mais cette bonne vanne cache une plus triste vérité : quand la promo touchera à sa fin, elle sera sans doute la première à exprimer ses regrets en interviews (elle le fait déjà aujourd'hui alors que le disque n'est pas encore sorti). Un peu comme Robbie Williams, Lily semble traîner une déprime qui lui colle aux basques, et elle semble parfois ne pas croire en son propre talent, au point d'accepter les compromissions, de baisser les bras.

 

Son premier single, arrivé par surprise à la fin de l'an dernier, n'a pas vraiment brillé dans les charts. "Hard Out Here", malgré toute la finesse et la drôlerie de cette charge acerbe et féministe contre les codes de la pop moderne, manquait de l'essentiel : une bonne mélodie pop. Sans son excellent clip, la chanson ne tenait plus debout. Comme si Lily avait perdu cette inspiration pop que l'on aimait tant chez elle, pour ne garder que les gimmicks grossiers de la popstar badass qui dézingue la société du spectacle et les renoncements de sa génération.

 

Alors après, voilà. Je vous pose cet article ici, vous en faîtes ce que vous voulez. Je me fais peut être de gros films, peut-être que tout ceci n'est que de la pop rigolote dans un emballage très vilain, mais je ne peux pas croire que je suis le seul à voir de la tristesse dans ce retour aux affaires de cette fille beaucoup plus complexe et torturée que l'image de gentille connasse choupi dans laquelle sa maison de disques voudrait l'enfermer pour toujours.