Blackout of the woods

Il y a quelques semaines, on sirotait nos limonades dans un bar du Marais. En sourdine sur le grand écran à côté de nous, ils diffusaient Fashion Rocks. On regardait distraitement Rihanna et les autres pouffes habituelles. Puis à un moment, le barman a poussé le son à fond, nous obligeant à interrompre notre conversation et tourner la tête vers la télé : Whitney Houston, rayonnante et acclamée par les people présents sur place, s’apprêtait à faire un lancement. Une petite apparition de quelques secondes seulement, mais suffisamment longtemps pour faire passer ce message implicite : " Hey, regardez, je vais mieux, vous pouvez dire aux gens du métier qu’ils peuvent à nouveau répondre à mes coups de fil ". Le IVe arrondissement avait ainsi interrompu toute activité l’espace d’un instant pour digérer cette incroyable information.

 

Le grand public et les médias raffolent des come-back, c’est pas nouveau. Mais la couverture médiatique de celui de Britney Spears après sa longue période de frasques atteint des proportions qui dépassent l’entendement. Même les Inrocks, pas spécialement réputés pour être les chantres de la pop music contemporaine, affirment trépigner d’impatience à l’idée d’écouter son nouvel album. On parle de retour inespéré, comme si elle n’avait pas déjà sorti le meilleur album de sa carrière il y a à peine plus d’un an. " Blackout " était un disque génial de bout en bout, tant au niveau du son que du contenu, avec des morceaux de bravoure pop comme " Peace of me ", mais il semblerait que la prochaine livraison soit attendue comme si Dieu allait descendre sur Terre nous expliquer pourquoi le pouvoir d’achat va si mal et pourquoi on va tous mourir en 2012.

 

Le problème de " Blackout " néanmoins, c’était son aspect fantomatique. Il semblerait que jamais auparavant une artiste n’avait si peu été présente lors de l’élaboration d’un album. Avec quelques parties chantées retravaillées à outrance et mises en musique par une armada de producteurs hautement qualifiés, on a la nette impression que Britney a travaillé trois secondes et laissé son staff s’occuper du reste. Dans ses vidéos, elle commence par apparaître vaguement lors des premiers singles, pour finalement être remplacée par un personnage animé dans le clip de " Break the ice ". Britney était alors bien trop occupée à se raser le crâne, prendre des kilos ou écraser des pieds de paparazzi avec sa voiture pour vraiment se consacrer à sa carrière. Et pendant ce temps-là, la méchante Rihanna avait bien ricané à sa piteuse prestation aux MTV Awards de cette même année, et se frottait les mains en voyant la concurrence se rétamer.

 

Un an après pourtant, c’est une toute autre Britney Spears qui lancera les MTV Awards américains. Complètement retapée, plus hot et souriante que jamais, la façon dont elle se présentait à nouveau au grand public nous a fait penser à " Pimp my ride " adapté aux êtres humains.

 

Le cas Britney et l’affolement médiatique à l’approche de son nouvel album, alors même que la pop music en Europe n’a jamais eu aussi mauvaise presse, est très significatif. Ce personnage nous fascine réellement. Il est évident qu’elle revient de très loin, psychologiquement parlant, et le fait qu’elle soit à nouveau en bonne santé, c’est non seulement rassurant pour elle, mais aussi pour nous. Inconsciemment, on se dit en la voyant, que si on se met à flancher dans nos vies, à toucher le fond, rien n’est irréparable. Et l’air de rien, en ces temps de crise, ça détend un peu de voir qu’il est peut-être inutile de s’angoisser autant au sujet du contrôle que l’on se doit d’avoir sur nos propres vies. Ca expliquerait pourquoi l’album de Janet Jackson, qui s’appelle " Discipline ", ne collera jamais aussi bien à l’ère du temps qu’un disque qui s’intitule " Blackout " ou " Circus ".

 

Les plus cyniques d’entre nous pourront toujours se plaindre que désormais la Britney " normale " va devenir chiante et politiquement correcte à nouveau. Mouais. N’empêche qu’elle a aujourd’hui enfin toutes les cartes en main pour faire quelque chose, artistiquement parlant. On peut douter, à raison, de ses compétences en tant que chanteuse, mais on sait bien qu’elle nous roule dans la farine depuis le début et que son vrai talent, il est ailleurs. Comme la vérité.