Pop Du Jour : Lady Gaga "Judas"

En regardant le clip de "Judas", je me suis fait plusieurs réflexions.

 

On dirait un remix de la Bible pour les gays. Un peu comme quand Baz Luhrmann avait remixé Roméo et Juliette dans son film en 97. Du coup, on peut trouver le truc divertissant mais vain, ou vain mais divertissant. A l'époque, j'avais adoré Romeo + Juliet, mais j'avais aussi presque 15 ans de moins. Vous voyez où je veux en venir ? Oui, soit je suis blasé, soit je suis un vieux con. Ou les deux. Ou rien de tout ça, je suis peut être juste devenu plus exigeant.

 

Le truc avec Lady Gaga, c'est qu'aujourd'hui, elle semble tomber dans le syndrome Muriel Robin. Vous savez, ces comiques qui ont une crise d'égo en milieu de carrière et veulent être reconnus en tant que "vrais acteurs", jouer dans des films tristes etc, pour qu'on reconnaisse leur talent. Vous allez me dire, quel rapport avec Gaga ? J'y viens. Mais avant je vais me boire un litre de flotte car on crève de chaud ici.

 

Oui donc. Le principe de base en pop music, c'est de faire croire que l'on ne se prend jamais au sérieux, tout en faisant les choses le plus sérieusement du monde. Le soucis avec Gaga, c'est qu'en ce moment, elle semble faire totalement l'inverse : elle donne des interviews surréalistes où on la sent en plein craquage en permanence, expliquant que Dieu lui a soufflé des paroles de chanson, qu'elle va révolutionner la musique, qu'elle sauve la vie des gens, qu'elle sera punie pour nos pêchés, qu'elle est le porte parole des freaks et des invertis. Alors que tout ce qu'on lui demande, au fond, c'est d'écrire de bons titres. Voilà où le bât blesse : la musique de Lady Gaga est une dance music certes à la fois innovante et bourrée de références, mais ça reste de la dance music produite par des gens comme RedOne, avec ce que ça comporte de racoleur et de générique.

 

Voilà où je voulais en venir avec mon syndrome Muriel Robin. On ne demande pas à un comique d'être triste, on demande aux artistes d'être doués dans leur domaine de prédilection. Toute tentative d'aller chercher une valeur ajoutée en faisant des choses qu'on ne maitrise pas, pour moi s'apparente à une grosse crise d'égo. Le principe de la pop, c'est que ça doit donner l'impression de n'être que de la pop, alors que c'est bien plus. L'image que renvoie Lady Gaga en ce moment est celle de quelqu'un qui cherche à surenchérir dans le storytelling, l'imagerie, à faire sens à tout prix, et ça se voit. Beaucoup trop. Pour moi, sa musique et son personnage ne justifient pas un tel déballage visuel. Dans le monde pop, quand les intentions te sautent au visage, c'est un échec. L'intention de Lady Gaga devrait être de faire de la bonne musique au lieu de chercher à épater la galerie.

 

On aimait le personnage de Lady Gaga quand il était moins didactique en apparence, quand il était rigolo, bouffon et classe à la fois, comme dans les clips de "Paparazzi" ou "Telephone". Ca ne la rendait pas moins crédible, et en plus les chansons étaient cool. Là, on se dit juste que c'est laborieux, et un peu chiant sur les bords. Le clip et la chanson ne sont pas mauvais, au contraire, mais on est beaucoup à regretter l'époque où il y avait une certaine naïveté et moins de self consciousness qu'aujourd'hui. Je suis persuadé que les gens qui regarderont son concert du Monster Ball sur HBO ce weekend penseront la même chose que moi : quand Lady Gaga commençait à découvrir qui était Lady Gaga, c'était bien plus intéressant.