"Mother's Daughter", le féminisme pop et destroy façon Miley Cyrus

SHE IS COMING ! En mai dernier, Miley Cyrus, la jeune femme qui fait trembler l'Amérique puritaine, a mis ses menaces à exécution. D'abord avec un EP pop et éclectique où la chanteuse tape un peu dans tous les genres (du cloud rap à l'hymne drag, ah ouais quand même), puis avec une apparition remarquée dans un épisode de la série Netflix d'anticipation Black Mirror. En interprétant le personnage de Ashley O, elle invente une version futuriste dystopique, tordue et flippante de la popstar Hannah Montana, le rôle qui l'a fait connaitre dans le monde entier chez les jeunes fans de Disney Channel.

 

 

Miley revient, et même si elle n'a que 26 ans, elle fait aujourd'hui déjà figure de vétéran de la culture pop. En l'espace de quelques années, elle fut tour à tour une idole teenage aseptisée (l'ère Hannah Montana), puis l'Antéchrist dévergondée qui initia l'Amérique blanche à la trap, au twerk et à la weed (l'ère Bangerz), puis l'enfant prodigue, assagie, de retour à ses racines country (l'ère Younger Now). Chaque nouvelle réincarnation déroute un peu plus ses fans, et pourtant, la jeune redneck du Tennessee parvient à chaque fois à mettre des mots justes et posés sur des choix et des comportements qui semblent erratiques.

 

Et surprise (pas vraiment en fait), la Miley Cyrus de 2019 est de nouveau provocante et reprend son rôle de méchante petite punk sexy. Mais entre temps elle a mûri, et surtout, son discours semble enfin coller à son époque, celle de l'émergence des voix dissidentes d'une nouvelle génération féministe, body positive et inclusive qui veut danser joyeusement sur le cadavre encore chaud du patriarcat. La Miley de "Wrecking Ball" parlait déjà d'émancipation et de reprise du pouvoir sur son propre corps et ses propres désirs. Mais il était encore trop tôt, et le résultat était plutôt mal dégrossi. Cette fois-ci, avec le clip de "Mother's Daughter", Miley est plus lisible et plus affûtée que jamais.

 

Que voit-on dans ce clip ? Des personnages féminins souvent hors-normes, qui crèvent l'écran et éclaboussent la rétine. Jeunes, vieilles, oversize, maigrichon, trans, gender fluid, en tenue de latex, en fauteuil, donnant le sein ou adepte du nipple fetish, tous les corps, toutes les sexualités, toutes les envies, bref toutes les différences sont célébrées et glamorisées dans une grande bamboche pop esthétisante.

 

 

Avec ses slogans guerriers ("My body my rules", "Not an object", "Every woman is a riot"...) et sous le haut patronage de la maman de Miley, Tish Cyrus, qui fait une apparition remarquée, le clip de "Mother's Daughter" est à la fois glossy, dérangé et réjouissant. Son discours féministe et inclusif fait mouche, emballé dans une pop song excitante et énervée ("Don't fuck with my freedom / I came up to get me some / I'm nasty I'm evil"...).

 

Au contraire d'une Taylor Swift qui aspire à devenir une icône LGBT depuis 5 minutes, cherchant à imposer un storytelling friendly au forceps, Miley Cyrus a toujours été une freak dans l'âme, humaniste et inclusive, engagée (à travers sa fondation Happy Hippie) et queer (et ce, même mariée au très normcore Liam Hemsworth). "Mother's Daughter" ne fait qu'enfoncer le clou, et impose la popstar comme une véritable alliée sincère, décomplexée, et dont le discours est aujourd'hui enfin digeste et audible. Bref, on stanne grave.