Clean Bandit, Marina & Luis Fonsi : quelles histoires se cachent derrière "Baby" ?

Les faiseurs de tubes britanniques de Clean Bandit, la "indie queen" Marina Diamandis et Luis "Despacito" Fonsi réunis sur le même titre ? Derrière ce qui ressemble sur le papier à une indigeste bouillabaisse pop destinée à rafler les streams se cache pourtant une savante alchimie dont rien n'est laissé au hasard. Décryptage de "Baby".

 

Clean Bandit, c'est officiel, est l'exportation la plus fructueuse du Royaume-Uni depuis le vote du Brexit. Leur deuxième album What Is Love?, qui sortira à la fin du mois, comporte des titres qui, cumulés, ont déjà été écoutés 2 milliards de fois sur Spotify. Clean Bandit, c'est le groupe qui vient d'offrir un tube de l'été à Demi Lovato : tandis qu'elle passait ses vacances en rehab, toute l'Europe dansait sur "Solo". Clean Bandit, c'est "Rockabye", le morceau incontournable qui a révélé une autre britannique, Anne-Marie, au monde entier. Quatre ans après leur premier titre "Rather Be" et ses allures de gentil bonbon house qu'on pensait seulement destiné à divertir quelques auditeurs de Radio 1, Clean Bandit est devenu une machine à streams redoutable.

 

 

Marina, elle, est relativement peu connue ailleurs qu'en Angleterre. Ce n'est pas faute d'avoir essayé : en 2012, son deuxième album Electra Heart était censé la faire exploser. Le disque est un véritable who's who de la pop de l'époque (Dr. Luke, Greg Kurstin, Rick Nowels, Cirkut ou Diplo se sont succédés en studio, causant la ruine de son label). Mais même si l'internationale LGBTQ a fait d'elle une providentielle "Primadonna", Electra Heart, personnage flamboyant créé pour l'occasion, n'a pas trouvé son public, et a dû ranger la perruque blonde et l'attirail bitchy pour retourner dans l'underground et le relatif anonymat des blogs pop.

 

Après le succès critique en 2015 du fantastique album FROOT, qui mêle ABBA et les guitares indie dans un joyeux bordel analytique, Marina And The Diamonds fait un break. Grosse déprime, remise en question, et des fans inquiets. Marina se débarrasse (virtuellement) des Diamonds, se lance dans l'écriture d'un journal intime, et réfléchit à la suite, au calme, avec son chat.

 

"Baby" n'est pas la première collaboration entre Marina et Clean Bandit. Sorti un peu en catimini l'an dernier, le titre "Disconnect" raconte déjà les rapports compliqués que Marina entretient avec les nouvelles technologies, la solitude, le vide existentiel. Le titre est co-écrit par Jack Patterson, l'un des membres du groupe, qui est aujourd'hui le boyfriend de Marina. Et ce détail a son importance pour comprendre leur nouveau hit.

 

 

Car "Baby" est un titre à plusieurs degrés de lecture. Il y a d'abord la lecture en surface, l'histoire d'amour ratée entre un latin lover et une fille qui le quitte pour refaire sa vie, qui devient un tube mondial grâce aux notes de guitares cagoles de Luis Fonsi. Il y a celle du clip, où Grace, la violoncelliste du groupe se remémore un amour contrarié avec sa copine de camp scout (interprétée par la sublime Starley, du tube dancefloor "Call On Me"), et qui poursuit les clins d'oeil appuyés des musiciens de Cambridge à la communauté LGBT (rappelez-vous le clip déchirant de "Symphony").

 

Et il y a une autre interprétation : "Baby", de nouveau co-écrit par le petit ami de Marina, peut raconter en filigrane l'histoire de la it girl prête à épouser le succès mainstream de l'époque Electra Heart, les regrets qui s'ensuivent, et le retour à une vie loin des sirènes de la pop. "Guess I had my last chance / And now this is our last dance".

 

"Baby" deviendra sans doute un joli succès, Clean Bandit continuera à fournir les hits, mais Marina est déjà ailleurs : she's already someone else's baby. Et on attend de pied ferme sa nouvelle réincarnation.