Un jour ça va coller

Quand on aime une chanson, on ne l'aime pas tous pour les mêmes raisons. Certains vont être attirés par l'énergie que dégage le morceau, d'autres par sa musicalité, ou l'immédiateté, la mélodie, ou alors le clip est super beau, ou on a entendu le titre sur la BO d'un film... On a chacun son approche, chacun ses souvenirs, sa grille de lecture. Moi je suis un peu tous ces cas de figure à la fois. Et en ce moment, je suis un peu victime du contexte dans lequel j'écoute la musique. Je m'explique.

 

Il se trouve que cette année fut un peu déprimante sur le plan personnel, en ce qui me concerne. Et du coup, pas mal des morceaux que j'ai découverts cette année vont être associés à ces moments de l'existence où ça va bof. Je n'ai pas fait la fête sur MGMT, je n'ai pas fait l'amour sur le dernier Portishead (et je pense que c'est déconseillé), je n'ai pas vomi sur mes chaussures en écoutant "Shut up and let me go". J'ai juste pris le métro et passé mes soirées chez moi à beaucoup m'ennuyer. Du coup, pour associer des morceaux à de bons souvenirs, ça va être compliqué. Et pour moi les souvenirs, ça compte beaucoup dans l'appréciation d'un titre quelques années après.

 

Le plus ironique, c'est que dernièrement je fus invité à une soirée où je me suis beaucoup amusé. Il y avait un showcase de la chanteuse antillaise Fanny (ou Fanny J pour sa maison de disques, qui avait peut-être peur qu'on la confonde avec la Fanny de "L'homme à la moto"?). Elle a un petit tube qui marche bien en ce moment, "Ancrée à ton port". Eh bien, moi qui n'avais jusqu'à maintenant aucune affection particulière pour le zouk love (mais aucune aversion non plus finalement), sa chanson me poursuit partout où je vais et m'évoque invariablement ces bons moments. Au boulot, à la télé, dans la voiture, dans les transports en commun (à travers les écouteurs d'une voisine de train!), je tombe sans cesse sur cette délicieuse mièvrerie chaloupée. Et j'ai fini par la télécharger.

 

Voilà comment on peut soudainement s'enticher d'un titre qui musicalement est à des kilomètres de ce qu'on est censé aimer et apprécier. La conclusion de tout ça, c'est qu'il est inutile de résister au pouvoir évocateur d'un titre de variétés ou d'un tube de l'été. On ne choisit pas de qui l'on tombe amoureux. On ne choisit pas non plus la bande son qui va avec.