Melodifestivalen 2014 : que nous réserve le before suédois de l'Eurovision ?

Melodifestivalen-2014

Chaque année depuis maintenant 53 ans, le grand raout du Melodifestivalen agite le peuple suédois. Cet interminable concours (il dure plus d'un mois) voit défiler la fine fleur des chanteurs pop locaux. La compétition est rude : ils sont une trentaine en lice, chaque artiste arrive avec une chanson, et le public (ainsi qu'un jury de professionnels) vote pour le meilleur. A la clé : le gagnant reçoit l'immense honneur et la lourde tâche de représenter la Suède dans un autre concours, celui de l'Eurovision, en mai prochain.

 

Vu de France, le Melodifestivalen parait d'une incongruité absolue. Il faut dire que chez nous, c'est vite plié : quelques dessous de table obscurs déterminent un semblant de sélection pathétique. Cette année, on envoie au casse-pipe les inénarrables Twin Twin, un groupe navrant qui s'est vraisemblablement créé pour l'occasion et qui laisse songeur quant à la légitimité du panel de professionnels responsable de cette stupéfiante trouvaille.

 

En Suède, premier pays exportateur de bombes pop à travers le monde (après l'Angleterre), l'Eurovision c'est important, c'est même une affaire nationale. Ils ont d'ailleurs remporté le concours il y a seulement deux ans avec "Euphoria", la bombe electro-pop au souffle épique interprétée par Loreen. Le titre s'est retrouvé par la suite en tête des charts dans 19 pays.

 

 

 

C'est donc avec une grande curiosité que chaque année, les fans de bonne pop scandinave scrutent attentivement le Melodifestivalen, à la recherche de la petite pépite de 3 minutes (durée obligatoire de toute entrée à l'Eurovision) qui pourrait conquérir le reste de l'Europe.

 

Le millésime 2014, on ne va pas se mentir, n'est pas mémorable. Aucun club banger hanté et dévastateur de la trempe d'un "Euphoria", aucun son electropop à la Robyn comme le pays avait l'habitude de saupoudrer sa sélection. C'est à peine si l'on peut danser à l'écoute de la compile officielle (que j'ai téléchargée et que j'écoute régulièrement sous la douche, si si). Malgré tout, l'édition de cette année réserve quelques bonnes surprises, et peut-être même le futur gagnant de l'Eurovision, rien que ça ! La finale aura lieu ce samedi, mais en attendant, voyons nos chouchous parmi les derniers candidats en lice !

 

 

Grande favorite : Sanna Nielsen et sa power ballad "Undo"

 

Sanna Nielsen est une routière du Melodifestivalen et le grand public la connaît bien, puisque c'est la 7ème fois (!!) qu'elle se présente au concours. Très souvent éliminée à un cheveu peroxydé de la victoire, cette année pourrait bien être la bonne. "Undo" est une power ballad parfaite pour l'Eurovision, toute en montée en puissance, avec un refrain qui mettra tout le monde d'accord. C'est tout simplement la bonne chanson au bon moment, et les pré-sondages la donnent archi-favorite. Pour ma part, je la vois même gagner carrément l'Eurovision en mai prochain.

 

 

 

Le fat comeback du plus grand groupe eurodisco du monde : Alcazar et "Blame It On The Disco"

 

Il n'y a qu'Alcazar pour entrer sur scène en costumes lamés à bord d'une boule à facettes géante. De chez nous, ils ont l'air aussi ringards que le groupe britannique Steps, et pourtant Alcazar a écoulé plus de 12 millions de disques dans le monde pendant sa période faste, entre 2001 et 2004. Rappelez-vous de "Crying At The Discotheque" ! Après une longue traversée du désert, une séparation et quelques changements de line-up, le groupe revient plus kitsch que jamais avec "Blame It On The Disco". Que dire ? Tout est dans le titre : on est face à une dinguerie eurodance comme on n'en fait plus, avec un refrain aussi léger qu'une armée de bisons défoncés au poppers. Dans un monde idéal (et totalement gay), ce titre gagnerait l'Eurovision.

 

 

 

L'outsider qui pourrait bien créer la surprise : Ace Wilder et "Busy Doin' Nothin' "

 

Elle débarque de nulle part et pourtant son titre "Busy Doin' Nothin' " est déjà un tube radio en Suède. C'est la chanson la plus proche de la scandipop que l'on aime sur les blogs, avec sa mélodie surprenante, son refrain sautillant et ses allures de sympathique ritournelle qui se transforme vite en club banger déluré. Avec ce titre addictif à la coolitude absolue, Ace Wilder pourrait bien être notre nouvelle one hit wonder préférée, à moins qu'elle ne confirme par la suite avec d'autres tubes du même tonneau. Affaire à suivre. En tout cas, son statut de petite chouchoute du pays et des internautes européens pourrait bien lui faire gagner le Melodifestivalen, who knows ?

 

 

 

Helena Paparizou, survivante, avec "Survivor"

 

Helena est bien connue des fans de l'Eurovision puisque c'est elle qui avait fait gagner la Grèce en 2005 avec "My Number One", dans ce style très variète-world-pop de l'époque et dont Shakira était alors la grande prêtresse. Avec une carrière musicale s'étalant sur plus de 15 ans, avec des allers-retours entre la Grèce et la Suède, son pays natal, Helena Paparizou, grosse popstar paneuropéenne et icone gay notoire, n'a aujourd'hui plus rien à prouver. C'est avec une big ballade au refrain épique mais aux sonorités un peu surannées qu'elle se présente au Melodifestivalen cette année. Ses chances de l'emporter sont assez minces, mais on la retrouve toujours avec le même plaisir.

 

 

 

Oscar Zia, pour les nostalgiques des premiers tubes de Max Martin

 

Ce minou de 17 ans était à peine né quand son compatriote Max Martin lançait la carrière des Backstreet Boys, des 'N Sync et de Britney Spears depuis les studios Cheiron à la fin des années 90. "Yes We Can" est un hommage à cette époque où le son scandinave redevenait cool, s'exportait et se vendait en millions d'albums et de singles partout dans le monde. Il y a tout : les gimmicks, la choré craignos, le refrain bubblegum. Après ce petit voyage dans le temps avec ce fantastique tube vintage, on n'a même plus envie que la DeLorean redémarre, on va rester en 1999 pour toujours finalement, merci.

 

 

 

Les recalés

 

Il y a, parmi les malchanceux qui n'ont pas pu accéder à la finale, deux chansons que j'aurais volontiers repêchées. Tout d'abord, cette ballade de Shirley Clamp. "Burning Alive" (bonjour l'ambiance) est (ENCORE) une ballade dont le refrain est pompé sans vergogne sur le "She Wolf" de Sia. Et ça ne me pose aucun problème.

 

 

Enfin, une autre ballade n'a pas eu les honneurs de la finale. "Hela Natten", chantée en suédois par le jeune minou fragile Josef Johansson, démarre par des notes de piano à la "Stay" de Rihanna, mais rassurez-vous, le titre décolle juste après. Avec ses choeurs neuneus et sa production impeccable, cette chanson aurait pu aller un peu plus loin, mais le public en a décidé autrement.

 

 

 

Cette saison du Melodifestivalen bandait donc un peu mou, croulant sous des tonnes de ballades et de titres pop-rock franchement dispensables dont je vous ai fait grâce. On compte sur la Suède pour ne pas se reposer sur ses lauriers d'ambassadrice de la pop européenne à travers le monde et nous réveiller un peu tout ça l'année prochaine. Car entre les slows qui tuent et les regards insistants dans le rétro, l'édition 2014 paraissait bien poussive comparée aux précédentes... Rendez-vous demain soir pour savoir qui aura l'insigne honneur de représenter le pays au grand concours Eurovision de la chanson. Et n'oubliez pas que la scandipop, c'est aussi pas mal ici que ça se passe #autopromo.