Club Corbeille

Loup y es-tu ?

Mylène Farmer s'apprète à sortir un nouveau single : "Dégénération".

Héhé.

 

Cette micro-actualité est l'occase pour moi de dire deux trois choses au sujet de l'intéressée. Vous ne lirez pas ici de grosses blagues vachardes anti-farmèriennes, car je l'aime bien moi, Mylène Farmer. Pour tout un tas de raisons évidentes (du moins elles le sont pour moi), à commencer par sa musique (inutile de sortir le gros mot de l'artiste qui a un "univers", parce que depuis que Julien Doré ou n'importe quel tacheron de real-tv ou de nouvelle scène française possède son "univers", c'est devenu le nouveau gros mot. Un peu comme quand on disait d'un artiste qu'il était "underground" dans les années 80.)

 

J'ai fréquenté tout un tas de gens avec d'assez bons goûts musicaux (autrement dit, les miens), et les pro et anti Farmer se livrent une bataille sans merci depuis des temps immémoriaux, dans laquelle sont versés régulièrement beaucoup de sang et de larmes. Je pourrais trouver ce débat bien ridicule et le minimiser, mais lorsqu'il s'agit d'art en général ou de musique en particulier, aussi pop, variète et futile que puisse être le sujet, il convient de prendre la chose très très au sérieux. Non je déconne, haha. Sauf que non, je déconne pas en fait. Vous êtes perdus hein.

 

Concernant Farmer, les trois quarts du temps, la fanbase (on vit tous sous la menace permanente d'une pauvresse hystérique qui promet de nous griffer si on ose blasphémer sur sa Mylèèène) ne fait pas honneur au travail de la pauvre chanteuse : sur les forums on n'y parle que PLV, marketing, fric, rumeurs crétines, chorégraphies et chapeaux. Ca explique le rejet de toute une partie des gens : c'est pour les mêmes raisons que la critique détruit régulièrement Indochine par exemple : une fanbase pas très glamour (dans le cas d'Indo, une horde de grosses goths moches pour la plupart mais évitons les généralités blablabla...), une musique "facile" à mélodies emphatiques ou pompières, des stars des années 80 vieillissantes qui s'accrochent à leur gagne-pain et en plus, le succès populaire à la clé (et dieu sait que depuis Cindy Sander on nous a dit quoi penser du succès populaire).

 

Oui, MF a la fanbase la plus conne du monde. Pourtant, quand elle sort un truc, je vais m'y intéresser, même si tout ne me touche pas comme en 89, même si parfois c'est très limite, elle produit encore et toujours des choses qui à mon sens sont des millions de fois plus passionnantes qu'un album des White Stripes ou n'importe quel truc qu'on essaye de nous vendre comme les génies de la musique moderne. Et puis, si ta cousine de Calais ou ton oncle de Salon-de-Provence se sont mis à aimer ses chansons, c'est sûrement moins pour ses références à Egon Schiele ou Edgar Allan Poe que pour un sens aigû du refrain pop qui va bien, même pour ses ballades les plus assommantes. Et ça, c'est un des "trucs" farmièriens que je trouve immensément louable : faire de la pop de supermarché l'endroit rêvé où planquer tout un tas de fantômes de personnages illustres, de mythes et de légendes dont on ne soupçonne même pas l'existence, tranquillement en train de faire nos courses chez Edouard Leclerc. Le talent de MF, c'est le subliminal. OK, tout comme Madonna, elle a beaucoup donné dans la subversion à la louche de rigueur dans les 80s, et aujourd'hui l'excitation goth des débuts est un peu retombée. Mais ce qu'elle continue à créer aujourd'hui reste infiniment plus pertinent que tout ce que Bénabar et Cali feront de toute leur vie d'artiste.

 

Alors pour résumer le topo : point ici d'éloges de fan mongolien du genre "ohlalala la belle rousse nous a encore épatés avec ses splendides chapeaux et son univers fabuleux". Mais point non plus de sarcasmes de Parisien à T-shirt CBGB. Eh oui, c'est possible d'avoir un avis un peu détaché sur un tel "monstre sacré" (haha, quelle horreur). Je continuerai à regarder les fans et les haters s'insulter dans les forums gay avec toujours autant de jubilation, tout en continuant à écouter sa musique et à regarder un peu tout ce qui se passe autour d'elle, artistiquement.

 

Ca ne m'empêchera nullement de faire du mauvais esprit, mais au moins désormais on saura dans quel camp je suis. Puisqu'il faut choisir.