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La première fois que j'ai entendu "Homeless", c'était il y a deux mois, à la radio. J'étais en voiture, le titre a démarré, et je me suis demandé pourquoi je ne connaissais pas cette chanson. Car d'habitude, les titres diffusés sur la FM française, on les connait déjà depuis des siècles, les programmateurs ne prenant jamais aucun risque, se contentant de diffuser les habitués des sondages d'opinion NRJ. Du coup, ignorant totalement qui pouvait être cette nouvelle chanteuse (que j'imaginais anglaise ou scandinave, européenne en tout cas), je l'ai shazammée. Ce fut ma première rencontre avec Marina Kaye, dont je ne connaissais strictement rien. Il faut croire que beaucoup de monde se sont trouvés dans le même cas que moi : ça fait des semaines qu'elle squatte le top des recherches Shazam.

 

 

Depuis, "Homeless", power ballad surpuissante à la mélodie parfaite, est devenue incontournable sur les ondes et dans les charts. Mais quand je suis rentré chez moi pour googler cette mystérieuse chanteuse dont je n'avais jamais entendu parler, j'ai failli tomber de ma chaise. Marina Kaye s'appelle en fait Marina Dalmas, elle a 17 ans, est née à Marseille et le grand public la connait pour avoir participé, à 13 ans, au télé-crochet populiste et grand-guignol de M6, La France a un incroyable talent. Oué oué, celle que j'imaginais en prêtresse scandipop des enfers était en fait une gamine française issue d'une real TV familiale un peu rance tout juste sauvée du désastre par la présence de l'inénarrable Dave.

 

 

En voyant sa première prestation dans l'émission, on constate que la jeune Marina a déjà tout d'une future maousse popstar. Déclamant du Adele accrochée à son micro en regardant à peine les pauvres gueux du jury, la jeune fille possède déjà ce petit quelque chose d'agaçant et de fascinant des futures grandes : le charisme mélangé à une touche de timidité et de dédain. Elle ne s'adresse pas au pénible VRP québécois Gilbert Rozon, elle s'attaque directement au public dans la salle. Ne perdons pas de temps avec les sous-fifres, c'est la ménagère qui achètera mes disques. Marina est alors habillée d'une petite robe rouge : ce sera sa dernière apparition avec des vêtements colorés.

 

Après sa victoire au télé-crochet, Marina retourne au collège et traverse une période franchement glauque. Ses camarades de classe, jaloux de son succès et du butin de 100 000 balles remporté durant l'émission, commencent à lui faire vivre un enfer. Après avoir reçu des menaces de mort et subi un épisode dépressif, elle finit par quitter l'école et suivre des cours par correspondance. En parallèle, elle reçoit pas mal de sollicitations : elle fait des premières parties en pagaille, d'abord d'une comédie musicale d'Obispo, puis celle de 30 Seconds To Mars au Palais des Festival à Cannes, et elle embarque dans la dernière tournée de Florent Pagny. Elle est alors signée chez Capitol Records, label d'Universal Music. Et se met à écrire des chansons.

 

La suite, on la connait. Elle s'invente un pseudonyme, Marina Kaye. Elle part pour Los Angeles pour enregistrer son premier album (qui sort la semaine prochaine). Son disque, une collection impeccable de ballades sombres et mélancoliques, bénéficie de la puissance de frappe de son prestigieux label français, avec un featuring de la violoniste Lindsey Stirling, et surtout un titre écrit par l'incontournable Sia. "Freeze You Out" est une petite tuerie, loin des piteuses chutes de studio qu'on refile habituellement aux chanteuses B-List. Marina Kaye est une priorité absolue de Capitol en France, et ça s'entend.

 

 

Désormais, Marina est vêtue de noir, partout, tout le temps. Elle semble avoir l'assurance de la mini-star fraîchement sortie d'un training média bien carré. Elle a co-écrit toutes les chansons de son album (sauf celle de Sia, livrée clé en main). Elle se ballade dans le clip de "Homeless" entourée de loups, impassible et totalement dépourvue d'expression. Elle a la dégaine d'une Lykke Li un peu jeune et timide mais immensément cool. Ce profil de chanteuse dark pop, c'est tout simplement du jamais vu en France. Elle surfe sur les succès radio de nanas comme Tove Lo ou Zara Larsson, deux suédoises aux tubes blockbuster qui ont explosé en Europe. On sent que le profil de Marina Kaye a été soigneusement pensé pour le succès, en France et à l'international. Avec une prod' en béton armé et des tubes à ne plus savoir quoi en faire, son album est un succès critique et commercial assuré. A côté de Louane et Kendji, artistes estampillés The Voice, et leur variété franchouillarde et sympa pour ambiancer les repas de famille, Marina est presque une anomalie, mais n'a rien d'un accident. Tout semble avoir été prévu pour que beaucoup de gens continuent à shazammer ses chansons dans les mois à venir.